
"Vous
aussi en avez assez de votre léthargie quotidienne ? Marre de la
routine, des jours qui passent et qui se ressemblent ? Hé bien, ne
cherchez plus : votre sauveur est arrivé à grands pas. Et si, qui plus
est, vous aimez le rock'n'roll qui ne se prend pas au sérieux (du
tout), accompagné d'une imagerie horrifique dégénérée prête à faire
pâlir la grand-mère la plus résistante, pas de doutes, Traumatisme
deviendra rapidement votre Messie.
Qui se cache
derrière ce nom (et quel nom!), ce look de Freak déjanté et surtout
cette musique simple mais délibérément
légère et fun ?"
...Voila ce que l'on peut lire quand un brin de hasard ou de curiosité nous pousse à faire un tour sur le site officiel de Traumatisme. Et c'est précisément à cette question que nous avons cherché des réponses, à travers une interview menée après la sortie sur internet de sa dernière création, intitulée The Devil Will Know My Name. Mais on ne sonde pas si facilement un esprit aussi étrange, et c'est finalement avec une curiosité accrue que nous sortons de cette entrevue, aux réponses parfois évasives... Voilà tout de même quelques informations à vous mettre sous la dent, mais prenez garde à ne pas vous retrouvez sous la sienne !
Ghouls-n-roll : Avant tout, pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, peux-tu résumer ce qu'est "Traumatisme" ?
Traumatisme : Ceux qui ne me connaissent pas encore sont très nombreux, vous pouvez me croire (sourire). Alors, pour résumer de façon simple ce que je fais, rien de plus facile: des monstres et du rock'n'roll. Ajoutez à cela un second degré omniprésent, de l'humour noir et dégénéré et une musique légère et fun, lorgnant vers le punk et le glam rock inspiré par Mötley Crüe, entre autres, et vous obtenez ma recette secrète. C'est pas plus compliqué que ça.
Quelle
est
l'origine de ton nom de scène ?
C'est le prénom que ma chère maman voulait me donner à la naissance, à l'origine (rires). Je plaisante, bien sûr. On me pose souvent cette question, mais je ne sais jamais trop quoi répondre, alors le mystère continue de planer comme une terrible malédiction. Je cherchais juste un nom qui puisse me définir, et qui puisse également définir ce que je fais. Et je l'ai trouvé. Voilà. Tout le monde - ou presque - m'appelle comme ça maintenant. Ou Trauma, pour les intimes. Ou même Barbie, si vous vous appelez Dinah et Khira, mais ça c'est une toute autre histoire (sourire).
Tu as
enregistré six démos en deux ans, c'est tout de même impressionant...
Comment
t'organises-tu du point de vue de ton emploi du temps pour l'écriture
de tes
compositions ? Quelle place tout cela prend-il dans ta vie ?
Tout d'abord, je précise que je n'ai pas d'emploi du temps établi, loin de là. Rien n'est défini, je fais ce que je veux, quand l'envie m'en prend. Je n'avais bien sûr pas prévu tout cela à l'avance, c'est venu comme ça, avec le temps, en fonction de mon humeur et de mes influences. Si un air ou une mélodie me trotte dans la tête, je prends ma guitare et j'enregistre, c'est pas plus compliqué que ça. Je ne suis pas du genre à m'asseoir en me disant "hé, maintenant je me force à écrire des chansons". J'aime quand c'est spontané, d'ailleurs les chansons sont souvent bien meilleures si c'est le cas, vous pouvez me croire. Dans une autre mesure, j'ai la possibilité d'écrire une chanson en cinq minutes si j'en ai envie. Ca marche au 'feeling', comme disent les jeunes branchés - ce qui est loin d'être mon cas, il faut le reconnaître - il suffit juste de comprendre le truc, et cela devient un jeu d'enfant. Par ailleurs, je déteste quand la musique est compliquée ou intense, où quand elle se prend trop au sérieux ; je le répète, c'est du foutu rock, pas de la science ! J'écris des chansons funs, entraînantes, accrocheuses, qui donnent envie de bouger, et rien de plus. Une chanson est faite pour être écoutée de nombreuses fois. Quand à savoir la place que ma musique prend dans ma vie, eh bien je n'ai rien d'autre à répondre que ça: ce que je fais EST ma vie! Depuis toujours, j'ai le même objectif, la même passion et les mêmes envies, j'ai toujours baigné dans le monde de la musique et il en sera toujours ainsi. Sans musique, je ne suis rien, et si je n'en faisais pas, je serai sûrement en train de pourrir, quelque part dans une tombe.
Selon-toi,
de quelle façon à évolué ta musique, au fil des disques ?
Je ne vois pas vraiment tout cela en termes d'évolution - car tous ces disques ne sont que des maquettes, je le répète - mais je suis très content de la manière dont j'en suis arrivé là, musicalement. Lors de l'enregistrement de mes premières chansons, je ne pensais pas vraiment à tout cela, je me contentais d'envoyer la sauce. Je le fais toujours, mais avec plus de tact (sourire). Au fur et à mesure, mes chansons deviennent plus mélodiques, et je deviens meilleur musicien chaque jour. Du moins, j'aime le penser.
Quelle
importance accordes-tu à la partie visuelle de tes oeuvres ? Serais-tu
capable
de sortir un cd avec une jaquette quasi-inexistante, ou de faire des
concerts
sans maquillages ni aucun artifice ?
Non, absolument pas. Toutes ces choses font partie de ce que je suis. Même si le principal est bel et bien la musique, je ne pourrai me passer de tout cela, c'est impossible. C'est très important pour moi. Si tu cherches à plaire aux gens, tu dois les séduire avec le visuel, car c'est ce qu'ils voient en premier - car au fond, tout le monde se fiche de ce que tu fais. Cela dit, je précise que si tous ces artifices visuels sont présents dans mon univers, c'est parce que je ne le fais pour personne d'autre que moi-même. Mon but principal est de vivre ma passion en me faisant plaisir, en y intégrant des choses que j'aime, et je me fiche totalement de ce que les gens pensent d'un type qui traîne dans les rues avec des fringues déchirées et customisées et des cheveux affreusement pourris (sourire). J'aime ça, je suis comme ça et je l'assume, et c'est ce qui compte pour moi.
Est-ce
que ton inspiration te provient uniquement d'autres musiciens et du
cinéma ou
ce qui t'entoure directement (environnement familial, actualité,
sentiments
personnels) est aussi impliqué dans ton écriture ?
Musicalement, mon inspiration vient principalement de mes influences, qui ne sont pas si variées que ça. J'aime le bon vieux rock'n'roll qui tâche et qui ne se prend pas la tête, et les artistes que j'admire principalement sont Wednesday 13, Alice Cooper, Mötley Crüe et Rob Zombie. J'écoute du punk, du glam rock, des groupes excellents comme Trashlight Vision ou The 69 Eyes, et même de la country. Sinon, en ce qui concerne mes paroles, mes influences principales sont les films d'horreur et l'humour noir. Mes lyrics sont parsemées de jeux de mots débiles plus ou moins fins et intelligents, mais je ne cherche pas à être intelligent de toute manière, le principal est de s'éclater. Quand à savoir si je m'inspire de mon environnement et de l'actualité... Non, je ne pense pas. Vous savez, je vis dans mon petit monde, je n'en sors jamais - même quand je devrais - et l'actualité ne m'intéresse pas. Je suppose que mes sentiments personnels se retrouvent d'une certaine manière dans ce que je fais, mais je pense que c'est tout à fait normal. C'est même plutôt inconscient et instinctif, d'ailleurs. Par exemple, le thème des freaks en tous genres, ou personnes rejetées ou vues d'un mauvais oeil car différentes, est très récurrent dans ce que j'écris. J'aime m'associer à cette catégorie - pas pour que l'on me plaigne ou pour me donner du crédit - mais tout simplement parce que c'est le cas. Je suis un loser. Je vis dans ma tête. Mais je le vis très bien, et j'en suis même on ne peut plus fier.
Quel
était ton but avec The
Devil Will Know My Name ?
Il
semble plus
approfondi que les précédents, autant au niveau de l'écriture que de
l'artwork
et de la promo...
Merci de l'avoir remarqué! J'ai donné beaucoup de moi-même pour cette maquette, qui ressemble d'ailleurs plus à un album qu'à une maquette, je dois l'avouer. Pour répondre à votre question, je n'avais pas de but précis en le faisant, à part celui de me faire plaisir, en écrivant de bonnes chansons qui me ressemblent, et qui représentent ce que j'ai à l'esprit à ce moment là. En effet, à cette époque - c'est à dire il y a quelques mois (rires) - il m'apparaissait de plus en plus évident que j'étais en décalage avec le reste, bien que je le savais déjà depuis de très nombreuses années. Ce disque est très influencé par les freaks dont je parlais plus haut. C'est un disque pour les personnes en marge de la société, ce qui nous rapporte d'une certaine manière au côté 'western', chose que peu de monde aime, sauf moi et une bonne poignée d'amateurs. Les chansons du CD sont aussi assez variées, et je suis très flatté que ceux qui l'ont écouté l'aient remarqué.
Mis
à part
la référence à John 5 dans le titre, quelles ont été tes influences,
pour cette
dernière maquette en particulier ? Il semble avoir un côté un peu plus
rock'n'roll, voire hard-rock, que d'habitude ?
C'est le cas, et c'est exactement ce que j'aime. Le bon vieux hard rock comme on en faisait dans les années 80, et comme on n'en fais plus - ou plus beaucoup. Par le passé, je n'avais jamais vraiment essayé d'écrire des chansons qui sonnent comme Go To Hell ou The Ugly Ones Can't Agree, je me contentais de tout balancer sans réfléchir. Ici, c'est plus structuré et tout aussi efficace, et je suis vraiment fier de ces chansons, en dépit du son médiocre.
The
Death
Parade (qui introduit le CD) fait à la fois penser à
Manson pour le
titre en
lui-même et à Danny Elfman pour l'ambiance et les sonorités graves,
t'en es-tu
réellement inspiré ?
Pour répondre de façon honnête, je n'ai même pas pensé à Marilyn Manson pour le titre. Je l'ai choisi après avoir enregistré la chanson, je pensais que ça collait parfaitement à l'ambiance, et que c'était un bon titre pour commencer ce disque. Ensuite, musicalement, je n'ai pas été inspiré directement par Danny Elfman, mais ce type est l'une de mes plus grandes influences, donc immanquablement ça laisse des traces. Mon but avec cette introduction était de rentrer directement dans le vif du sujet, tout en essayant tout de même de camoufler ce qui allait arriver par la suite.
Les
changements de rythme sont assez présents au fil de l'album, mais le
calme
total de It Still
Haunts This Town est assez troublant et touchant...
de quoi
t'es-tu inspiré pour l'écrire ?
Au risque de casser l'ambiance instaurée par la chanson, mon but n'était pas d'écrire une chanson triste, mais bel et bien d'écrire une chanson entièrement au piano. Je fais du piano depuis mes cinq ans et j'ai toujours aimé ça, d'ailleurs cela se ressent dans de nombreuses introductions de mes chansons - l'exemple le plus flagrant est Bloody Halloween - et après avoir entendu mon solo de piano que j'avais enregistré pour mon court métrage d'animation piteux (La Triste Mort de Madame Crane), plusieurs personnes m'ont félicité. J'ai voulu en quelque sorte les remercier en écrivant cette chanson, que l'on ne voit pas arriver en écoutant la maquette. L'ambiance générale de la chanson est assez sombre et mélancolique - voire même poussiéreuse, c'est le terme exact - mais j'aime ça. Quand aux paroles, elles ont un second degré un peu moins prononcé mais toujours bel et bien présent, et reviennent sur le fameux thème des rejetés en tous genres dont je n'arrête pas de vous parler depuis tout à l'heure.
De quoi
parle ta chanson The
Ugly Ones Can't Agree ?
Ah ! Le titre de cette chanson est avant tout un bon jeu de mots bien débile dont j'ai le secret, mais j'ai été un peu surpris et déçu de voir que personne ne l'ait remarqué. En même temps, mon humour est très particulier et je dois être le seul à le comprendre et à en rire, donc je n'en veux à personne (rires). Le titre de cette chanson m'est venu en ayant en tête les mots suivants: 'Obi Wan Kenoby' (rires). Je ne sais pas comment c'est venu à mon esprit tordu, mais cela a donné ce titre, que l'on pourrait traduire par "les laids ne peuvent acquiesser", ce qui est une vérité à mes yeux. Là encore, l'humour et le second degré règnent, mais c'était aussi l'occasion pour moi de dénoncer le fait que les personnes différentes, qui ne suivent pas la mode, qui n'écoutent pas de la musique branchée ou qui vivent de la manière dont ils ont envie sont laissées de côté et apparaissent comme des monstres au sein de la société 'normale', alors que les gens différents et originaux sont souvent plus humains que n'importe quel crétin conventionnel pourrait l'être derrière ses clichés et ses discours pré-mâchés. Les paroles de la chanson jouent sur cela, et j'y encourage vivement les gens à penser par eux-mêmes, à faire ce qu'ils veulent de leur vie plutôt que de se laisser dicter les lois et de finir dans un moule qu'on a spécialement prévu pour eux. Je prends un exemple: le simple fait qu'une fille se dise: "j'aimerais porter cette fringue, mais je vais avoir l'air de..." m'horrifie. Si t'as envie de porter une jupe courte, fais-le: tu passeras pour une traînée aux yeux de tout le monde mais tu sais au fond de toi que tu n'en est pas une, et si tu te plais comme ça et que tu te sens bien, alors ça roule. Je suis totalement individualiste, et je suis la preuve (morte) vivante que l'on peut être différent, avoir ses propres idées et les assumer pleinement.
Si
tu avais
dans un avenir proche une offre d'un bon label pour sortir un album
dans les bacs,
choisirais-tu l'une de tes compositions déja existante (dans ce cas
laquelle)
ou ferais-tu une compilation de tout ce que tu possèdes déja ?
J'ai déjà tout prévu à ce sujet, je ne veux pas trop en parler pour ne rien dévoiler, mais sachez que cela vaudra le coup. Du moins, en ce qui me concerne !
As-tu pour
projet de faire un autre clip ?
Si j'avais les moyens nécessaires, j'en aurais déja tourné une bonne dizaine, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Ce que j'ai fait avec la vidéo de The Melancholy Death Of Mrs Crane est pûrement expérimental, j'ai tout fait moi-même dans ma propre maison et il ne m'a rien coûté du tout - à part du temps. Mais j'ai des tas d'idées pour mon premier vrai clip, et j'éviterai d'en parler pour le moment.
Où
en es-tu
question line-up ? Arrives-tu à te stabiliser ?
Comme vous le savez sans doute, c'est un sujet très délicat avec moi car c'est loin d'être évident, de tout faire de A à Z et de rechercher des musiciens qui comprennent votre vision et qui, en plus de cela, possèdent les mêmes goûts et influences que vous. Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac, et il se peut que quelque chose arrive très prochainement... Je n'en dis pas plus.
Accepterais-tu
de collaborer avec d'autres musiciens si l'occasion se présentait
?
Oui bien sûr, je suis très ouvert, plus que l'on ne pourrait le croire. Mais pour être honnête, ce serait totalement impossible pour moi de composer des chansons avec quelqu'un d'autre. Pour moi, c'est quelque chose de totalement individuel, si je compose une chanson, c'est du début à la fin, dans son intégralité, et je ne comprends pas comment les groupes font pour composer ensemble. Vraiment, je leur tire mon chapeau. J'ai l'impression d'être à la ramasse quand je dis ça, mais je n'arrive vraiment pas à comprendre comment ils font. Mais pour revenir à la question, oui, j'accepterais avec plaisir de collaborer avec d'autres musiciens.
A quoi
peux-t-on s'attendre de la part de Traumatisme, dans un futur proche ?
Et bien, je ne dévoilerai pas toutes les choses que j'ai en tête, mais attendez vous à une bonne déferlante de fun et de rock'n'roll givré de ma part. J'espère que vous en serez tous traumatisés (sourire).
Merci
à Traumatisme d'avoir pris le temps d'éclairer nos lanternes sur ses
activités mystérieuses ! Pour en savoir plus, et alimenter un peu vos
tympans et vos cerveaux frétillants, voici quelques endroits à visiter :